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  1. avril 9, 2015 by Webmaster

    « TRAVERSÉE »

     

    invite

     

    Denis SALAS

     

    Magistrat

     

     

     

    « Justice et terrorisme »

     

     

    Conférence-débat

    Jeudi 7 Juin 2018 à 20h30

    Auditorium du Conservatoire

    51, rue d’Isle – Saint-Quentin

     

     

    JUSTICE ET TERRORISME

    Comme l’âme de la justice pénale est un rituel de conversion du désordre en ordre, juger c’est certes douter mais aussi trancher. Dès lors la justice nécessite du temps, le temps de faire émerger la vérité après que les faits aient pu être établis.

    Mais  la  justice  n’a pas pour seule mission celle de rétablir et de sanctionner le trouble à l’ordre public en affirmant la force de la loi : il lui revient aussi de permettre à toutes les voix de se faire entendre et d’épuiser tous les doutes, seule possibilité de réparer les blessures des victimes et de contribuer à une véritable réinsertion du coupable.

    On ne voit pas pourquoi ces principes, bien connus et bien admis, quand bien même leur mise en œuvre n’est pas toujours couronnée de succès, ne seraient pas transposables en matière de terrorisme.

    Il semble cependant qu’en matière de terrorisme les acteurs et les conditions du procès soient spécifiques :

    - Les victimes sont anonymes, elles ne sont victimes non pas pour ce qu’elles font ou ont fait, mais simplement parce qu’elles étaient là, ce jour-là, à cet endroit-là,
    - Les coupables sont également anonymes dans la mesure où ils peuvent n’être perçus que comme des instruments manipulés par des mouvements radicalisés,
    - Les juges sont le plus souvent des magistrats spécialement formés pour ces affaires de terrorisme.

    En se référant à la célèbre phrase de Camus – «  En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère » -, on pourrait presque dire qu’en l’espèce c’est le terrorisme qui est le coupable et que c’est la justice qui est la victime : anonymat des auteurs et anonymat des victimes ! Ces éléments sont-ils de nature à justifier que les actes terroristes relèvent d’une justice d’exception : tribunaux d’exception, peines automatiques, etc… Faut-il, au contraire, tenir bon sur les principes fondamentaux de notre état de droit et ne pas verser vers des mesures visant à réduire les libertés individuelles ?  Aura-t-on véritablement alors répondu positivement au souci d’efficacité bien évidemment souhaitée ? En particulier, le besoin de justice exprimé par les victimes sera-t-il satisfait ?   Denis SALAS développe ces questions dans l’ouvrage, La foule innocente, qu’il vient de publier et qui fait l’objet de la prochaine conférence de Traversée. Il estime notamment, à partir de son expérience de l’attentat de Nice au mois de juillet 2016, que «  la foule citoyenne », qui a émergé à Nice, a brisé cet anonymat évoqué plus haut : manifestations de solidarité, marches silencieuses, résistances devant l’épreuve, de telle sorte que «  La foule des victimes du hasard devient une communauté de destin ». Denis SALAS est magistrat. Il  est  secrétaire-adjoint  de l’Institut des Hautes Études de la Justice, Maître de conférences à l’École Nationale de la Magistrature, Directeur de la revue « Les Cahiers de la Justice », Président de l’Association Française pour l’Histoire de la Justice. Il a publié de nombreux ouvrages, et notamment :

    - La Volonté de punir ; essai sur le populisme pénal, Paris, Hachette, 2005, (Pluriel 2010).
    - Les Nouvelles sorcières de Salem, Leçon d’Outreau (avec Antoine Garapon), Seuil, 2006.
    - Les Procureurs de la République (avec Ph. Milburn et K. Kostulski), PUF, 2010
    - Les Cent mots de la justice, PUF coll. Que sais-je ? 2011.
    - La Justice dévoyée. Critique des utopies sécuritaires, Les Arènes, 2012.
    - Le courage de juger, entretien avec F. Niel, Bayard, 2014.
    - Erreurs judiciaires, Dalloz, coll. « À savoir », 2015.
    - Le procès politique(XVème -  XXème siècle), La Documentation française, 2017.